Sens & Tonka
SITUATIONS CONSTRUITES
« Était situationniste celui qui s’employait à construire des situations », depuis 1998 tout le monde c’est ce qu’être situationniste puisque tant et tant de gens adhèrent à la « construction de situation »... sans bien en avoir dosé les conséquences... Jean-Louis Violeau n’isolant pas le mouvement situationniste (à l’inverse des épigones) nous permet de mieux juger de l’époque, forte en ébullition, et, ainsi de mieux jauger la position de l’Internationale situationniste et nous permettre d’apprécier ce que doit dans l’actualité présente à ces passés. Cette nouvelle édition est augmentée d’un avant-propos, “L’imaginaire urbain de Guy Debord”, qui conclu la pensée de notre auteur en renvoyant à Debord sa conclusion d’In girum imus nocte et consumimur igni : “reprendre depuis le début”, à toutes fins utiles. H. T.
TREIZE FOIS MOI
Les créations d'autrui considérées comme un libre-service culturel… Une conception à laquelle adhère ouvertement l'écrivain à l'œuvre derrière douze prête-noms, mais qui, au fur et à mesure qu'il compose son florilège et se reflète dans tant de miroirs divergents, en vient à s'interroger sur sa propre personnalité.
DE LA CONFÉRENCE DES NUAGES
Sur fond de guerre (peut-être 14-18, ses tranchées et champs des martyrs) les hommes, un homme, la mort, la mort, parmi les corps éparpillés, les consciences éclatées comme des cervelles parfumées à l'odeur de la poudre
L'ART DE NE PAS SE SOUVENIR
Le souvenir dit la perte impossible. – L'enjeu : la disparition. – La mémoire volontaire fait croie à l'indescriptible. – L'enjeu : l'insupportable.
L'art de ne pas se souvenir, qui se fraie un passage tortueux de l'oubli, déjoue l'inertie de la pensée hantée par l'arrière mental : l'origine, la mauvaise conscience, l'image fixe, l'ordre.
Faire sauter le verrou mental que constitue la mémoire doctement entretenue.
LE SECOND JOUR
Le second jour, c'est celui qui naît et se déploie entre la lampe et la page, et qui dure invisiblement dans la clarté ambiante de la journée; c'est le lieu où demeure celui qui écrit.
Le second jour, c'est également une autre journée, un autre temps, en regard d'un jour initial et oublié, où les choses ont été ressenties pour la première fois dans la fraîcheur muette de leur apparition, encore dépourvues des noms qui leur seront donnés le second jour — désormais perdues à jamais, oubliées elles aussi, mais reconnues, retrouvées, réinventées à travers le langage et l'écriture.
Ne faut-il pas nommer "poésie" la parenté énigmatique qui, en dépit de leur étrangeté foncière, met en résonance la parole et le monde, les langues et la réalité qu'elles appellent, et relie toute image à d'autres images dans le miroir sans fin de la ressemblance?
Les textes réunis dans Le second jour s'y succèdent dans l'ordre chronologique inverse de leur composition. À partir des motifs de l'image et de la ressemblance qui trament et organisent la première partie du livre, le lecteur est reconduit vers ceux du signe et d'un oubli antérieur à toute parole.
BATTANT, DORMANT
Battant, dormant, un livre-fenêtre. Les textes assez brefs qui ouvrent le volume imitent – librement – la structure d’une fenêtre, avec un dormant de phrases fermement construites encadrant une volée de mots battants.
Les textes plus longs de "Lieux dits" ouvrent dans la familiarité d’un jardin, d’un bord de rivière, d’un vieux mur au pied duquel on vient s’asseoir pour voir le soleil se coucher derrière les arbres, la profondeur de champ de la mémoire, des hantises intimes, des réminiscences de légendes ou de chansons.
Enfin, c’est comme par une fenêtre battante que surgissent dans le cours dormant de l’existence quotidienne, des instants vifs comme des alertes, qui empruntent une couleur au paysage, un timbre ou un geste à une rencontre et qui prennent en mots, fugitifs comme des bribes de musique flottant dans l’air ("Le moment venu").
DEBORD DANS LE " BRUIT DE CATARACTE DU TEMPS"
– RÉÉDITION –
Pour la première fois depuis qu’il cessa le compagnonnage avec l’I.S., Daniel Blanchard dit, à sa façon, ce que fut et reste Guy Debord.
RENDEZ-VOUS SUR TES BARRES FLEXIBLES
Le titre Rendez-vous sur tes barres flexibles donné à cet ouvrage est emprunté à un poème de René Char datant de 1986 et dédié au couple de danseurs étoiles que Wilfride Piollet forme avec son mari Jean Guizerix.
Aidée de la pensée érudite de Gérard-Georges Lemaire, Wilfride Piollet met ici en présence la sensibilité du regard-spectateur et l’imaginaire de l’artiste-interprète.
PORTRAITS LIEUX
La chambre, la maison, la salle de bains, la cabane, la piscine, le préau, les toilettes, le bois, la cave. Neuf portraits lieux, imprécis mais pourtant bien réels dans un imaginaire à construire soi-même. L’auteur effleure les mots d’un doigt, apparemment, léger, décrit des atmosphères qui pourraient, apparemment, faire croire qu’elles sont de l’ordre de l’ordinarité et qu’elles appartiennent au simple décor de notre quotidien, et nous voici accrochés à la force du goût du détail qui nous ramène à la réalité de la vie, l’insignifiance d’un rideau qui ne s’ouvre pas, le bidon d’huile au capuchon rouge avec son attache en plastique, l’eau du bain qui vient mourir en vaguelette sur le corps... Dans chaque lieu, une histoire, à peine suggérée, banale, ou presque, des portraits de personnages débusqués, fantomatiques, épiés d’un œil d’une acuité implacable, les petits et les grands tourments de la vie, les drames, la cruauté ; de ces personnages uniques qui passent, se traversent ou s’entrecroisent, on entend les paroles intérieures criantes, on les revêt de caractères, de ceux que l’on imagine, on les costume de sentiments qui, peut-être, et même sûrement, aussi sont les nôtres. On les endosse comme un habit de connaissance, on entend leurs souffles et leurs pas, on épouse leurs silhouettes, on déchire leur espace tandis que la nature insoumise, impénétrable sous son humeur fantasque, y mêle son bruissement.
Pourtant, tout est à sa place...
ACEDIA I
La meute d’Actéon, par son festin magistral, se trouva, un jour vers midi, libérée de domestication. Mais, ayant ingérée un corps métamorphosé, celui de l’homme-en-cerf, elle en subit aussi le charme et se transforma à son tour. Elle alla, elle et au contraire exact du maître dévoré, de la bête lentement vers l’humain, sans jamais y parvenir tout à fait. En quelques générations, par un crime, dont, rapidement, ils ignorèrent la faute autant que la magie, les descendants de chiens d’Actéon devinrent à la fois sauvages et "comme" humains. Ils passèrent de l’état de meute ordonnée et fidèle à celui d’une bande sans nom ni loi, puis, de la bande, évoluèrent en communauté nomade et maudite. Ils constituent désormais un peuple humano-cynique, resté séparé des autres peuples. Voyageurs inlassables, oisifs, errants, clandestins, ils se sont répandus et cachés à travers le monde, où ils représentent, mais sans le savoir, la seule alternative restant à l’humanité dont l’épuisement, commencée avec la révélation à Actéon de la pleine et triste matérialité d’un cul divin, bientôt s’achèvera.